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Récit de la publication d’un livre – Partie 3

À la recherche d’un éditeur

Avril – Mai 2019

Cela fait six mois que le projet a réellement démarré et je commence à me renseigner sérieusement sur les différentes manières de faire éditer un livre. 

J’ai bien en tête qu’il existe principalement 2 manières de fonctionner (autoédition et via une maison d’édition) mais j’ignore la marche à suivre pour l’un et l’autre. 

Pour commencer, je contacte une autrice que je suis sur les réseaux sociaux (Soline du compte @solineseveiller) pour lui demander des conseils. Elle me répond très gentiment en m’expliquant les avantages et les inconvénients de l’une et de l’autre solution. Voici ce que j’en retiens : 

  • Autoédition : c’est nous qui gérons tout, de la conception à la vente, et on est plus rémunérés ;
  • Éditeur : c’est plutôt en mode “je s’occupe de tout, tu s’occupes de rien”, et je s’occupe notamment d’encaisser l’argent. En gros, on toucherait un public plus large mais la rémunération serait plus faible (on parle ici d’édition à compte d’éditeur, il existe aussi l’édition à compte d’auteur ou tu paies pour que ton livre soit publié dans une maison d’édition, mais ça s’appelle aussi communément “Une Belle Arnaque”).

Étant donné que ce livre est un “side project” comme on dit dans la startup nation, la rémunération n’est pas notre souci principal. En revanche, toucher un public large est très attrayant. L’origine du projet, je le rappelle, était moi, scrollant sur Amazon, à la recherche de livres pour tout petits avec des petites filles dedans. Le graal serait que notre livre se retrouve accessible depuis Amazon, dispo pour tous les personnes qui se feraient la même réflexion (♫ Où sont les femmes  filles ? ♫).

On s’oriente donc vers ça :

  • Plan A : Édition à compte d’éditeur
  • Plan B : Auto-édition
  • Plan C : On en fait imprimer une vingtaine à nos frais pour les distribuer aux proches

Parenthèse amusante : Soline me dit aussi qu’elle est justement en train de travailler sur un livre pour enfants sur le consentement, qui sortira en juillet. Y a de la place pour tout le monde, ça ne m’inquiète pas plus que ça ! 

Je commence ensuite à me renseigner sur les maisons d’édition d’albums jeunesse, et réalise qu’elles mettent trèèèèès longtemps à répondre. Palme d’or à Casterman Jeunesse qui indique sur son site qu’ils répondent dans les 6 mois, si la réponse est positive. Six mois. Uniquement si la réponse est positive. Ça veut dire qu’on peut mettre le projet en pause pendant 6 mois, dans l’attente d’une réponse qui ne viendra jamais. Et je montre du doigt Casterman, mais c’est loin d’être les seuls. 

À cette époque, Camille a terminé les 4 premières illustrations, mais il en reste encore 8 à finaliser. Or, attendre qu’il ait fini pour ensuite se tourner les pouces pendant 6 mois c’est bien gentil, mais ça risque sérieusement de nous causer des tendinites. Je propose donc à Camille d’envoyer dès maintenant un dossier à des maisons d’édition, ce qui lui laissera le temps de terminer les illustrations manquantes pendant que je me tourne les pouces en solo. Et ainsi, on pourra passer au plan B à l’automne, si aucun éditeur ne sort sa grande plume d’ici là pour nous dire combien on est formidables.

Comme d’hab’, on se partage le boulot : moi le texte, lui le visuel. Il crée un joli dossier de présentation que j’envoie à une trentaine de maisons d’édition, sélectionnées par mes soins : soit car je les connais directement (i.e. les grosses maisons d’édition comme Casterman, Milan, Gallimard, Flammarion, Albin Michel…), soit car je connais des livres publiés chez eux qui me plaisent et/ou qui abordent des thèmes proches (par exemple les Éditions Cambourakis qui ont publié Comme un million de papillons noirs, Les Arènes qui ont publié Histoires du soir pour filles rebelles, etc).

Ce dossier décrit l’origine du projet, les intentions (représentation des filles, diversité, consentement), les intentions visuelles, et qui nous sommes lui et moi, associé au texte complet et à un exemple de mise en page sur les 4 premières pages. Ceci étant dit, je ne peux pas vous recommander de suivre cette trame car sur 30 éditeurs je n’ai reçu que 5 réponses, toutes négatives.

Septembre – octobre 2019

Cela fait un an que le projet est lancé. Camille a terminé 10 illustrations sur 12. Côté éditeurs, on a obtenu 5 réponses négatives, 6 dont le délai de réponse “si positif” est dépassé, et une vingtaine sont encore en attente. Dit autrement, ça sent pas très bon. Je décide donc de commencer à travailler sur le plan B : l’auto-édition.

  1. Je regarde les projets Ulule1 en cours pour de l’auto-édition de livres pour enfants, les prix, les contributions. En gros, je fais un benchmark.
  2. Je liste des contributions qu’on pourrait proposer, j’ai plein d’idées, la plupart impliquant du travail de mon frangin ! (stickers, marque-page, magnet, illustration dédicacée…)
  3. Je cherche des imprimeurs français qui proposent des impressions tout carton. Je n’en trouve qu’un seul : Typolibris.
  4. Je fais une demande de devis pour 500 et 1000 exemplaires, en 15x15cm et 20x20cm, les tarifs sont plutôt rassurants, mais il faut en commander au moins 500. Je demande aussi combien cela coûterait d’imprimer un exemplaire prototype. 200€. Bam ! Vous l’ententez la douce mélodie de la porte qu’on se prend dans la figure ? Ça fait mal, tant pis pour le proto. Ils proposent de m’envoyer gratuitement un exemplaire publicitaire pour que je voie la qualité du papier. Bon, ça n’a rien à voir avec un proto, mais je dis oui quand même. Je dis rarement non aux trucs gratos de toute façon.
  5. Je trouve un autre imprimeur en Italie, dans le cas où il nous faudrait faire imprimer moins de 500 exemplaires : Sprint24.
  6. Je me renseigne auprès de la médiathèque, de librairies, etc : “est-ce que cela vous arrive d’acheter en prévente un livre via une campagne ulule ?” Réponse : non. (Re-Bam !).

Novembre 2019

Camille termine les illustrations manquantes et fait des retouches pour homogénéiser l’ensemble. 

Ma mère nous partage des livres sur l’auto-édition.

Je me dis que si des gens écrivent des livres sur l’auto-édition, c’est surement que c’est beaucoup de boulot. 

J’ai l’impression qu’un élément important c’est le réseau, pour faire connaître le projet. Je regarde nos abonnés sur Instagram : on en a moins de 200 à nous 2.

Je flippe. 

Décembre 2019

Cette fois ça y est, le délai de réponses des maisons d’édition a expiré. Aucune ne veut de notre livre. C’est mort. Je rechigne à passer au plan B qui, de ma fenêtre,  ressemble peu ou prou à une épreuve de Koh Lanta, genre ascension d’une montagne escarpée sur des rochers casse-gueules recouverts de verglas. J’ai jamais été très sportive moi. 

Je me rappelle alors d’un plan A’ qui m’avait effleuré l’esprit quelque temps plus tôt : contacter des mini-maisons d’édition qui fonctionnent par campagne Ulule pour pré-vendre les livres. Ce serait une sorte de compromis : elles n’ont pas la portée d’une grande maison d’édition mais elles gèrent tout le travail d’édition, la partie administrative et juridique. Cerise sur la choucroute, elles font imprimer plus de livres que de pré-ventes de manière à pouvoir continuer de vendre l’ouvrage au-delà de la campagne Ulule, et font des rééditions lorsque tout est écoulé. En auto-édition, on ne pourrait pas se permettre de faire cela, par manque de trésorerie et d’espace de stockage. Donc en gros, nos lecteurs n’auraient été que les participants à la campagne de préventes. 

Je connais 2 maisons d’édition qui fonctionnent comme cela : Ailes et Graines qui publie des livres pour enfants, et Big Pepper qui publie – entre autres – des BD adultes. Je contacte la première.

Élodie, des éditions Ailes et Graines, me répond en m’expliquant qu’elle n’a pas de créneau de sortie avant 2021. D’autre part, comme son réseau est globalement le même que celui de Soline (que j’avais contactée au tout début et qui a sorti entre temps son livre sur le consentement, avec une histoire autour des bisous), elle ne se sent pas de publier un livre sur le même sujet. Re-re-Bam, y’a de la place pour tout le monde, mais pas tant que ça en fait…

Elle m’oriente vers les éditions Big Pepper, l’autre maison d’édition dans ce style où j’ai déjà acheté 2 BD. Je me renseigne et constate qu’en effet, ils éditent des livres pour enfants.

Le 31 décembre, j’écris un message privé sur Instagram aux éditions Big Pepper. Pas de mail formel, pas de joli dossier PDF. Juste un mp, avec les images. Est-ce que je n’y crois plus vraiment ? Est-ce qu’en désespoir de cause je choisis délibérément de “tenter autre chose” ? Ni ma mémoire ni la technologie n’ont de réponse à cette question. Est-ce que je vous recommande de faire cela plutôt que le joli dossier par mail ? J’en sais fichtre rien. Tout ce que je sais c’est que l’éditeur répond dans la journée pour me proposer un RDV téléphonique la semaine suivante, ce qui, sans vouloir spoiler, signe la fin de la période de “Recherche d’un éditeur”.

Happy New Year !

Extrait de la discussion sur Instagram avec les Editions Big Pepper. J'écris : "Bonjour, je vous connais à travers le travail de Fanny Vella, et je viens de voir que vous publiez également des livres jeunesse. Or, je cherche à faire publier un livre pour enfants premier âge visant à sensibiliser les enfants à la thématique du consentement à travers une histoire simple et inclusive. J'ai écrit l'histoire et mon frère qui est dessinateur professionnel a réalisé les illustrations. Seriez-vous intéressé pour en savoir plus ? Voici un aperçu des illustrations.
Il répond : "Bonjour et merci pour votre message. Les illustrations sont très belles. Je vous propose de m'appeler la semaine prochaine pour discuter de tout cela de vive voix. Vous pourrez le joindre au 06********. Bonne journée ! Alexandre Gros. Editions Big Pepper

Dans le prochain épisode : l’édition, la création d’un prototype, un sondage biaisé et le choix du titre ! (j’avais teasé trop loin dans la partie 2, mea culpa, j’avais oublié combien la recherche de l’éditeur avait été longue)


1 Ulule est une plateforme de financements participatifs de projets. Ces projets sont très variés, on peut aussi bien y déposer un projet de création de bar à Lyon qu’un projet humanitaire. L’idée est de proposer des contributions aux contributeurs qui donnent de l’argent : ça peut être un “merci” sur le site web du projet, une carte postale, un repas dans le bar quand il aura ouvert… On peut également faire de la pré-vente sur cette plateforme : dans le cas de l’auto-édition, la contribution est le livre lui-même. Les contraintes : il faut fixer un minimum à atteindre (x€ ou x contributions pré-vendues), en deçà duquel le projet est annulé et les contributeurs sont remboursés, et il y a 8% de frais pour le fonctionnement de la plateforme.

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